Migrant, je t’accueille – Moi non plus !

La migration est une traversée longue et éprouvante. Les rencontres bienveillantes, les petites attentions et la chaleur d’un accueil peuvent atténuer la difficulté de cette épreuve trop souvent douloureuse. Diane Barraud, pasteure, médiatrice Église-réfugiés pour l’EERV, dépeint ces mains tendues qu’elle a pu découvrir dans son travail au Point d’Appui à Lausanne.

Oui, la Suisse est sûre et correcte, oui la Suisse est accueillante pour les requérants d’asile (dans une certaine mesure). Elle fait partie des quelques pays européens qui assurent le minimum vital (un toit, de quoi subsister, l’accès aux soins) à toute personne qui se trouve dans le système de l’asile, même déboutée. C’est toujours mieux que la rue en France ou en Italie, pour ne pas parler des « gueules d’un requin » [1] que sont devenues les maisons quittées par les migrants dans leurs pays d’origine. Les personnes ont par ailleurs systématiquement accès à une procédure avec des droits de recours, parfois une assistance juridique à portée.

Et au-delà du minimum vital et des garanties de procédure, je suis témoin depuis Point d’Appui de toutes les mains tendues, des cœurs ouverts, des compétences professionnelles mises au service des migrants. Je constate quotidiennement l’engagement de la part de la société civile, des bénévoles ou des professionnels d’associations ou des lieux d’Eglise, des collaborateurs dans les structures sociales, mais aussi de fonctionnaires de l’État, plus ou moins « gradés ». Oui, il y a de la bienveillance, du soin, de la prise en compte des personnes et de leurs besoins, indépendamment du statut administratif, de l’origine ou de la religion. Oui…

C’est pour ça qu’il y a aussi de la part des migrants une vraie et profonde reconnaissance envers celles et ceux qui ont été véritablement accueillants. Des confiances naissent, des bouts de chemin se font authentiquement ensemble. Preuve que construire les uns avec les autres, c’est possible, et cela se vit au quotidien.

Il faudrait parler surtout de cela, donner à l’accueil et la bienveillance tout l’écho et l’ampleur qu’ils méritent, les étendre en bannière à l’entrée de chaque ville et de chaque village, en drapeau sur le toit de chaque immeuble et de chaque maison. Il faudrait au moins ça, pour se consoler. Et tenir bon malgré tout.

 

Cet extrait provient de l’article « Migrant, je t’accueille – Moi non plus ! » de Diane Barraud. Il est disponible dans le n°47 de la Revue des Cèdres : L’exil comme royaume.

 

[1]Du poème de Waran Shire, Home, traduit en français sur http://emmaus-lyon.org/24-emmaus-vienne/news-vienne/137-les-migrants-poeme-de-warsan-shire-home

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