Croire sans restes

Quelles sont nos croyances fondamentales, celles qui nous permettent de donner du sens à nos vie et où se situe Dieu vis-à-vis de celles-ci ? Dimitri Andronicos, codirecteur de Cèdres Formation (EERV), nous partage ses réflexions à ce sujet.

Nous nous demandons parfois à quoi, et par quoi, nous sommes tenus, ici, en ce monde ? Pourquoi nous y persévérons avec autant d’ardeur, et cela par milles stratégies ? Il se peut que ce soit pour y rester, tout simplement, y rester longtemps, mais aussi pour de bon, sans restes. Nous savons néanmoins que même si nous y restons longtemps, qu’il ne restera rien de nous dans pas si longtemps, et tout ce qui nous paraît si important, si permanent, disparaîtra. Aucune de ces pierres ne parlera de nous en ce que nous étions individuellement, même si elles sont gravées de noms, de dates de naissance et de mort, parfois avec un visage ou un texte, mais nous n’en saurons pas plus, donc presque rien […].

Parce que nous sommes du monde, et parce que nous n’en sommes déjà plus[1], à quoi, une fois de plus, sommes-nous tenus ? Je dirai que nous sommes certes rivés à ce monde, appelé (pour un temps) à y rester, mais surtout d’y vivre pour de bon. Et pour cela, oui, il faut y croire […].

Dieu se tient sur le seuil de nos croyances, avec nous et pour nous. Il nous précède avant même que nous ayons cru, que ce soit en lui, ou en autre chose. Il est la nécessité même de croire, au-delà de ce que nous pouvons croire. Dieu n’est pas l’objet de la foi, mais la possibilité même de se tenir sur ce seuil, et finalement de croire, au risque d’y rester.

Le Dieu des seuils est aussi le Dieu de l’Evangile. Il est celui des passages, des cheminements, des interstices et des paradoxes ; celui du renouvellement de la chair par l’esprit, de l’incarnation et de la réconciliation. On ne l’attend plus et pourtant il nous appelle sans cesse dans le don de son fils. Celui qui a cru en nous avant nous, et en qui nous ne croirons jamais assez. Il s’agit d’entrer dans cette histoire, celle du Père et de nos pères, de nos mères ; où le récit de ces espoirs rivés aux seuils de l’appel et de l’inconnu.

Sur ce seuil, j’espère que Dieu se souviendra de nous, chaque geste, même ceux que nous avons oublié, qu’il se souviendra de nous au-delà de nous, des gestes inconscients de nos naissances à ceux trop méticuleux de nos angoisses et de nos émois intérieurs.  Qu’il sera le gardien de toutes les étreintes innocentes de nos enfances, celle des bras qui se serrent autour du cou, de ces élans tendus les uns vers les autres, de ces mots que nous n’avons pas su dire. Il sera chargé, lourd, le Dieu des seuils, du désert et des oasis, des caravanes de l’exil, abasourdi du poids de la mémoire de ses enfants, de tout ce que nous avons perdu, de ce que nous aurions pu être, et de ce que nous sommes encore à venir.

 

Cet extrait provient de l’article « Croire sans restes », de Dimitri Andronicos. Il est disponible dans le n°48 de la Revue des Cèdres : Ce qu’il reste à croire.

[1] Colossiens 3,3 : « Vous êtes morts en effet, et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu » (TOB)

Recevez nos informations et nouvelles.