«C’est une richesse d’avoir des ministères divers, c’est un avant-goût du Royaume!»

Vincent Schneider vient tout juste d’être consacré au ministère de diacre, bien qu’actif dans la paroisse du Joran depuis 2015. Il est responsable de la diaconie de proximité et de l’animation dans sa paroisse.

En quelques lignes, quel est votre parcours, en particulier professionnel, avant votre décision de devenir diacre?

Mon premier désir, c’était de devenir rockeur dans un groupe de La Chaux-de-Fonds. J’y jouais de la basse. À 23 ans, je me suis dit que je n’allais pas faire cela toute ma vie. Ce n’était pas assez «complet». J’ai ensuite suivi un stage d’aide infirmier et j’ai eu un coup de foudre pour ce métier. J’ai fait une formation d’infirmier en psychiatrie. Durant 5 ans, j’ai travaillé comme infirmier en psychiatrie, puis pendant 17 ans en gériatrie.

Quels sont les apports de ce parcours dans votre ministère actuel?

Vincent SchneiderQuelque chose qui tient de la relation d’aide, même si ce n’est pas exactement ce que fait un infirmier. J’ai appris l’écoute, l’empathie. Mais cette relation était parfois frustrante parce que toute relation aux patients se fait dans un contexte de soins.

L’une des grandes différences entre mon métier précédent et mon ministère actuel : avant, les relations étaient toujours « seul à seul », l’infirmier et son patient ; aujourd’hui, cela se passe beaucoup plus souvent en groupe. C’est une dynamique nouvelle pour moi. En même temps, le travail d’infirmier est aussi un travail d’équipe, j’ai pu y développer des habiletés.

Pourquoi avez-vous choisi le diaconat plutôt que le pastorat?

Il y a une raison très pragmatique, c’est que je pouvais me former en cours d’emploi alors que ce n’était pas envisageable de suivre des études universitaires en travaillant. Mais ce n’est pas la seule raison.

Près de 10 ans avant d’entrer en formation diaconale, j’avais suivi le cursus des «Explorations théologiques», par pur intérêt personnel. Je n’avais pas l’idée de devenir diacre à ce moment-là. Puis j’ai aussi suivi une formation de prédicateur laïque.

Au fond, je pense que ma foi est expérimentale et vécue. J’ai fait des choses sans programme, par besoin, par envie ou par passion. Je crois que je n’aurais pas été heureux dans un cursus académique.

Un déclencheur particulier pour vous lancer dans ce ministère?

Non, pas vraiment. Plutôt un intérêt croissant pour l’Église. Je me suis beaucoup impliqué dans ma paroisse.

Puis j’ai eu envie de changer de job. J’aurais pu changer «simplement» de lieu, mais j’en voulais plus. Un besoin de développer d’autres aspects de moi-même, d’aller plus loin. Je fonctionne beaucoup par images. Je me «suis vu» heureux, dans ce métier!

​Quelle est votre spécificité dans la paroisse du Joran, notamment par rapport à vos collègues pasteur·e·s?

L’aumônerie ne m’intéresse pas vraiment. Probablement parce que cela pourrait me paraître trop proche des soins infirmiers, notamment dans certains contextes. J’ai eu la chance de pouvoir travailler pleinement en paroisse. J’aime la vie paroissiale, et le sens de la communauté.

Pour moi, c’est une richesse pour toutes paroisses d’avoir des ministères divers, c’est un avant-goût du Royaume! Depuis 2003 déjà, la paroisse du Joran a fait le choix d’avoir un pourcentage de poste pour la diaconie de proximité et l’a renouvelé malgré les changements de personnes. Le fait de relier les gens entre eux, d’encourager les personnes à développer leurs dons propres pour les mettre au service de tous est très motivant. Parfois, je célèbre des cultes et j’aime cela. Mais je ne me vois malgré tout pas comme pasteur.

Qui sont ces groupes, ces communautés paroissiales, que vous animez?

Il y a «À la rencontre», c’est une permanence pour les requérants d’asile qui se trouvent sur le territoire paroissial. Je suis aussi impliqué dans le post-catéchisme, avec une équipe qui s’appelle l’Étoile, ainsi que dans un groupe de visiteur et visiteuses bénévoles. Nous sommes en train de réfléchir à d’autres projets à mettre sur pied avec d’autres groupes.

Ce rôle est-il bien compris? Nécessaire?

C’est intéressant de toujours le réexpliquer, pour mieux l’appréhender! Je ne prétends pas tout comprendre au diaconat. En quelque sorte, j’exerce un ministère expérimental! Et en même temps les diacres et les pasteurs travaillent selon des cahiers des charges relativement bien définis. Ce sont les accents sur lesquels ils vont mettre leurs priorités qui sont différents, donc assez peu de choses si l’on excepte le fait que les pasteurs ont des connaissances théologiques plus importantes.

Dans notre paroisse nous collaborons beaucoup et nous sommes très complémentaires. Je me sens respecté par mes collègues pasteurs. Et pour les paroissiens, j’ai l’impression que c’est peu important que l’ont soit pasteur ou diacre. Moi-même en tant que paroissien, avant de changer de profession, je ne percevais pas tellement de différence.

Une réussite particulière dans vos projets?

Le groupe «À la rencontre», dans lequel je vois un enthousiasme magnifique. Il est interreligieux et je ne connais pas forcément les croyances des participants. C’est différent d’une communauté cultuelle dont les croyances sont logiquement mieux définies. Nous proposons une permanence. Ce qui compte, c’est d’être là, vraiment là, pour celles et ceux qui en ont besoin.

Notre «Noël multiculturel» (dont une photo illustre cet article) rencontre un beau succès à Boudry. Nous faisons se rencontrer de requérants et des personnes du lieu. Encore un moyen de créer du lien, parfois entre des «voisins» qui ne se connaissent pas.

Si c’était à refaire?

J’ai suivi un appel. Je suis content de l’avoir suivi et n’imagine pas comment j’aurais pu faire autrement. Mais c’est vrai que changer complètement de métier à 50 ans n’est pas chose facile. J’avais sous-estimé que j’étais moins souple qu’à 20 ans. Parfois, j’ai souffert d’un sentiment d’examen durant ma formation. Ce n’est pas facile de redevenir un simple débutant.

Mais je suis content d’être là où je suis.

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