Des limites évidentes, et des intuitions fécondes

Les méga-Églises se présentent sous un visage cliquant fait de musiques contemporaines, de technique, de démesure et d’émotion. Une investigation historique permet de montrer que derrière ces traits immédiatement visibles se cachent dès les années 1950 des intuitions porteuses. Et aussi de fines observations ecclésiologiques, sociologiques et psychologiques qui permettent de proposer une véritable démarche d’appropriation de la foi.  Jean-Christophe Emery est théologien et journaliste. Il est directeur de Cèdres Formation.

Avant même les années 1950, quelques méga-Églises américaines s’affranchissent déjà de l’étiquette dénominationnelle dans l’idée de séduire des populations rebutées par l’identification à une tradition établie. Cette logique détache la communauté de ses obligations à l’égard d’une fédération ou d’une famille plus large. Elle concentre toute la régulation du pouvoir dans sa hiérarchie propre. L’ecclésiologie s’échafaude selon le modèle de l’entreprise dont le CEO est occupé par le poste de pasteur principal et le conseil de paroisse revêt la forme d’un conseil d’administration fréquemment renouvelé par cooptation et non pas par élection. À l’image d’une société qui produit des biens de consommation, l’Église produit un style de célébration, elle prend des options théologiques et engendre un environnement social. Elle se fixe une mission propre et renonce à la prétention de satisfaire tous les besoins. Une fois son public cible identifié, elle recourt à des outils sociologiques pour mieux cerner ses attentes, son rapport au religieux et les obstacles qui s’érigent entre l’individu et l’offre qu’elle déploie. Un travail de mise en proximité s’opère alors de manière à faciliter l’accessibilité tant physique que culturelle, à faire baisser les représentations négatives et à générer des élans enthousiastes portés par des fidèles comblés qui sont autant de clients satisfaits. Ainsi, l’intérêt prononcé pour les besoins et les problématiques du fidèle potentiel correspond-il à une démarche de décentrement bienvenu.

Le semblant d’anonymat qui entoure le visiteur facilite, dans un premier temps, la possibilité de s’intéresser de près à la communauté sans être mis en demeure de s’expliquer au sujet de ses convictions. Petit à petit, l’intégration à un groupe restreint lui permettra de tisser des liens de proximité et d’entrer dans le chemin de foi et d’engagement personnel prévu pour lui. Cette stratégie inscrit la démarche d’appropriation de la foi dans une temporalité assumée et une pédagogie marquée par la standardisation des parcours et la progressivité des découvertes.

Cet extrait provient de l’article «Des Églises en version méga» de Jean-Christophe Emery. Il est disponible dans le n°46 de la Revue des Cèdres: L’Eglise, pour y venir.

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