La croissance communautaire

La tentation est grande d’investir beaucoup de moyens en temps et en argent pour se rendre visible; au risque de mettre en évidence, parfois, son manque de conviction en sa propre pertinence. Et si la communauté, peu attractive dans un monde individualiste, était la réponse patiente et laborieuse aux défis posés à nos Églises? Nicolas Lüthi est pasteur de l’Église protestante de Genève (EPG).

Lorsque le nombre de paroissiens baisse, un premier réflexe est d’organiser un grand événement pour se rendre plus visible. Ce qui est alors rendu visible sera simplement une communauté qui craint pour sa pérennité. Le calcul n’est pas bon. D’autant plus que le temps et l’argent investis pour ces événements sont conséquents, et les retombées en termes de nouvelles têtes au culte (car c’est souvent le but implicite) sont maigres. Chercher la visibilité, revient à penser que si les gens ne fréquentent pas l’Église, c’est parce qu’ils ne savent pas que nous existons. Or, la plupart des gens savent que nous existons, mais s’en désintéressent tout bonnement. Et puis cela trahit notre manque de convictions envers notre propre pertinence.

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Ce n’est pas attractif une communauté dans un monde individualiste, encore moins lorsqu’il s’agit de mélanger les générations et les genres. Pourtant cela n’a jamais été aussi pertinent. Commencer petit et subir des échecs, cela ne répond pas à l’envie d’immédiateté et de sensationnel. Mais c’est comme cela que tous les grands mouvements ont commencé, les multinationales comme le christianisme. Cela hérisse dans une société sécularisée de témoigner de la foi en affirmant que l’on n’est pas complètement indépendant. Mais c’est à cela que le Christ nous appelle. Ce n’est pas vendeur de promettre qu’il y aura à faire preuve d’endurance, des difficultés à traverser ensemble, des voies de pardon à emprunter. Mais c’est ce que nous ont transmis les communautés chrétiennes avant nous, de même que la promesse de la présence de Dieu au cœur de ces moments.

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Il revient à la communauté et non au pasteur de formuler la réponse à cet appel. Certes, ce dernier a une formation académique qui est un apport précieux, mais il est de passage dans le lieu. Je vois la posture du ministre comme un chaînon du cercle formé par les membres de la communauté, ce qui est très différent d’être en son centre. Le centre n’a pas besoin d’être comblé par une personne, puisque c’est là l’espace habité par Dieu.

Cet extrait provient de l’article «La croissance communautaire» de Nicolas Lüthi. Il est disponible dans le n°46 de la Revue des Cèdres: L’Eglise, pour y venir.

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