Une ecclésiologie d’affinités relationnelles… et l’abandon de confessions de foi

D’une part une ecclésiologie dans laquelle la parole de Dieu est offerte dans les sacrements et la prédication, d’autre part une ecclésiologie construite sur des projets locaux et les propres activités des participants. Comment appréhender ce renversement complet de l’Église de la Réforme pour se construire un avenir?  Élisabeth Gangloff-Parmentier est professeure de théologie pratique à l’Institut lémanique de théologie pratique de la Faculté autonome de théologie protestante de l’Université de Genève.

Les Églises issues de la Réforme de toutes dénominations sont aujourd’hui tentées de concevoir l’Église à partir de leurs projets et non plus des confessions de foi. Ainsi, le partage cultuel n’est plus le lieu privilégié où se vit l’Église.

Plus décisifs que l’assemblée cultuelle (qui subvertit les frontières de race, de classe, de genre) sont aujourd’hui les regroupements des affinités. Les Églises ne sont plus générées par les dons de grâce (prédication et sacrements), mais construites par des échanges et des actions. Les identités se choisissent, l’Église d’appelé-e-s devient affinitaire. La foi n’en est plus une caractéristique, les croyant-e-s ne sont plus des fidèles, mais des usagers. L’ego identitaire n’est même plus dénominationnel, mais très local. L’ecclésiologie de la Réforme s’en trouve renversée: les participant-e-s ne se reconnaissent plus comme communion appelée par Dieu, mais à partir de leurs propres activités.

Ainsi, au sein des Églises de la Réforme, deux types d’ecclésiologie se côtoient: l’ecclésiologie réformatrice où la parole de Dieu offerte dans la prédication et les sacrements dans le culte sont le cœur du partage d’une «communion»; et une ecclésiologie basée sur des projets et des actions, selon des réseaux d’affinités. Si la première voit l’Église-communion comme une réalité subversive par rapport à toutes les séparations identitaires, la seconde favorise les développements locaux, destinés à essaimer sans souci d’une réalité supralocale ou d’une pérennité. Il est vital de ne pas opposer les deux. Car renoncer à l’ecclésiologie de la communion et de la confession de foi pour une ecclésiologie de projet reviendrait à faire dépendre l’avenir de l’Église de l’attractivité et d’un bon management. Mais les projets et les nouveaux lieux constituent des cellules d’avenir et des lieux de mobilisation à laisser croître. L’enjeu réside dans leur articulation, le cœur et le lieu d’unité étant le culte, qui remet à leur place tous les ego. C’est parce que l’Église est communion et non créée par nous qu’elle apporte la force de faire vivre nos projets.

Cet extrait provient de l’article «L’Église qui fait vivre, ou nous qui faisons vivre l’Église?» d’Élisabeth Parmentier. Il est disponible dans le n°46 de la Revue des Cèdres: L’Eglise, pour y venir. (Illustration: Device to Root out Evil)

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